Salomon : Roi, Prêtre et Prophète — la figure fondatrice que la franc-maçonnerie honore
Parler de Salomon, c’est franchir le seuil où l’histoire biblique, la Kabbale et l’initiation maçonnique se rejoignent. Salomon n’est pas seulement le roi sage par excellence : il est l’archétype du Maître accompli, celui qui réunit en une seule figure l’Autorité royale, le Sacerdoce et la Prophétie. C’est précisément pour cette triple fonction que la franc-maçonnerie lui rend un hommage singulier et durable.
Une enfance improbable : le choix contre la logique
Salomon ne devait pas régner.
Fils de David et de Bethsabée, il n’est ni l’aîné ni l’héritier naturel. Plusieurs fils de David, plus âgés et plus légitimes selon les règles humaines, semblent destinés au trône.
Et pourtant, la tradition biblique et kabbalistique est formelle : Salomon est choisi. Non par la force, mais par l’élection intérieure.
Cette inversion des évidences profanes annonce déjà une loi initiatique chère à la franc-maçonnerie :
la véritable autorité ne s’hérite pas, elle se conquiert par la rectitude et la sagesse.
La Sagesse avant tout : la demande du Maître
Lorsque Dieu propose à Salomon de lui accorder ce qu’il désire, le jeune roi ne demande ni richesses ni victoires. Il demande un cœur intelligent, capable de discerner le juste de l’injuste.
Dans la Kabbale, cette demande relève de la Ḥokhmah, la Sagesse qui éclaire sans écraser. Salomon devient ainsi le roi du discernement, celui qui sait séparer sans détruire, trancher sans mutiler.
Le jugement des deux mères : une leçon initiatique universelle
L’épisode des deux femmes se disputant un enfant est devenu emblématique. Salomon propose de partager l’enfant. La vraie mère renonce aussitôt pour sauver la vie de l’enfant ; la fausse accepte la division.
Lecture kabbalistique et maçonnique
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L’enfant symbolise la Vérité vivante.
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La fausse mère incarne l’ego et le pouvoir sans amour.
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La vraie mère représente la Sagesse compatissante, capable de renoncer à la possession pour préserver la Vie.
En franc-maçonnerie, cette scène enseigne que la Vérité ne se divise pas et que le Maître véritable se reconnaît à sa capacité de préserver l’unité.
Salomon, mage et théurge
Au-delà du texte biblique, les traditions kabbalistiques, apocryphes et médiévales font de Salomon un théurge :
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détenteur du Nom divin,
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connaisseur des lois invisibles,
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médiateur entre le ciel et la terre.
Le Sceau de Salomon, symbole de l’union des contraires, exprime cette maîtrise : esprit et matière, feu et eau, haut et bas. Dans le Rite de Memphis-Misraïm, Salomon n’est pas un magicien profane, mais un ordonnateur du cosmos, agissant selon la Loi.
Le Temple : bâtir l’Homme autant que Dieu
La construction du Temple de Salomon est le cœur du mythe maçonnique. Le Temple n’est pas seulement un édifice : il est le modèle de l’Homme intérieur.
Chaque pierre taillée correspond à une vertu acquise ; chaque mesure répond à une loi sacrée.
Le recours à Hiram Abif, maître d’œuvre venu de Tyr, scelle l’alliance du Pouvoir royal (Salomon) et de l’Art initiatique (Hiram). C’est cette alliance que la franc-maçonnerie met en scène : la vision et l’exécution, la Loi et l’Œuvre.
Salomon et Balkis : l’union des sagesses
La rencontre avec Balkis, reine de Saba, dépasse la diplomatie. Elle symbolise l’union de deux traditions :
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Israël, porteur de la Loi et de la Parole,
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Saba, héritière de savoirs solaires et anciens.
De cette union naît Menelik I, fondateur légendaire de la lignée éthiopienne. Pour l’initié, Menelik incarne la diffusion universelle de la Sagesse, au-delà des frontières.
L’hommage maçonnique : le Trois Fois Puissant Grand Maître
La franc-maçonnerie rend à Salomon un hommage explicite et profond.
Dans les Loges de Perfectionnement, du 4ᵉ au 14ᵉ degré, les présidents portent le titre de Trois Fois Puissant Grand Maître.
Ce titre n’est pas honorifique : il est hautement symbolique.
Il rappelle que Salomon fut :
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Roi — détenteur de l’Autorité et de la Justice,
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Prêtre — médiateur entre le visible et l’invisible,
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Prophète — porteur de la Parole et du discernement.
Trois fois puissant, car il réunit les trois fonctions sacrées que l’initiation maçonnique cherche à harmoniser en l’homme : gouverner, sanctifier, comprendre.
Dans le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, cette triple puissance résonne avec une vision initiatique élevée : le Maître véritable est celui qui règne d’abord sur lui-même.
Salomon et la franc-maçonnerie aujourd’hui
Salomon ne taille pas la pierre : il trace l’axe.
Il ne descend pas dans la poussière du chantier : il en fixe la géométrie sacrée.
Pour le franc-maçon, il incarne l’idéal du Maître accompli, celui qui a intégré la Loi, l’Art et la Sagesse. C’est pourquoi son nom demeure central, des degrés symboliques aux hauts grades de perfection.
Salomon est un roi choisi contre toute attente, devenu sage par discernement, mage par connaissance et bâtisseur par vocation.
La franc-maçonnerie, en le célébrant comme Trois Fois Puissant, reconnaît en lui l’archétype du Maître total : Roi, Prêtre et Prophète.
Le Temple de pierre a disparu,
mais le Temple intérieur que Salomon nous invite à bâtir demeure.
